Billets d'humeur

Montant de votre dette: 33 000 euros!

En France la dette publique s’élève à 2170 milliards d’eurossoit 98,4 % du PIB. Le PIB est la quantité de richesse produite par le pays en une année. Pour simplifier nous dirons que notre dette est équivalente à ce que nous produisons en 1 an. Si je voulais vous faire peur je dirais que la dette équivaut à 33 000 euros chacun

Mais si j’écris cet article c’est pour vous rassurer. En effet, je suis comme vous, j’entends sans arrêt parler de cette fameuse dette et je me demande si c’est grave. Ma première réaction fut de dire que oui, c’est grave. Les politiques en parlent beaucoup, avec un air toujours très sérieux et sévère, et cette dette justifie des plans d’austérité terrifiants. Et puis je n’aime pas avoir des dettes. Encore moins quand je n’ai pas vu la couleur du pognon. Alors je suis allé me renseigner un peu. Et là, j’ai commencé à y voir plus clair.

Le problème c’est que l’on est en déficit. Ca veut dire qu’à la fin de l’année on a fait plus de dépenses que de production. Donc on doit réemprunter un peu d’argent pour respecter notre budget. C’est donc un problème sans fin à priori. D’autant  plus qu’il n’y a pas eu une année sans déficit depuis plus de 40 ans.

Relativisons! La dette du pays est équivalente à sa production annuelle. C’est comme si je gagnais 20 000 euros par an, et que je devais à la banque 20 000 euros. Pas très choquant, surtout qu’en réalité je pourrais emprunter 200 000 euros pour acheter mon appartement. Soit 10 fois ce que je gagne en 1 an. Sauf que moi si je ne suis en déficit, la banque ne me prête pas d’argent. Pas folle la guêpe! C’est juste pour dire que la somme n’est pas (relativement) exorbitante. Il y a autre chose: la banque prête sur une durée relative à mon espérance de vie. Un Etat n’a pas d’espérance de vie. On peut donc imaginer que le remboursement peut s’étaler dans le temps (3 mois à 50 ans actuellement en fonction des supports). Donc pas de panique, on a le temps de réfléchir pour trouver des solutions. Enfin, il ne faut pas traîner non plus.

Il faudrait donc moins dépenser? Mais où dépense t-on trop d’argent? Vaste question. La santé et l’éducation sont pour moi des priorités absolues. C’est la base. Si l’on veut que les gens travaillent, il faut qu’ils soient éduqués et en bonne santé. Attention ne pas inclure dans le budget de l’Etat celui de la sécurité sociale. Y inclure seulement le « trou de la sécu ». La culture est essentielle, elle est complémentaire à l’éducation. L’agriculture est primordiale. La justice, idem. Bref moi je ne sais pas ce que je ferais. Je diminuerais probablement progressivement le budget de la défense en oeuvrant pour l’arrêt des conflits que l’on entretient ( nous dépensons en moyenne 5 milliards par an dans l’armement nucléaire) . Il y aurait peut être des frais de fonctionnement à réduire également. Mais on voit bien que réduire les budgets ne suffira pas.

N’y aurait-il pas aussi quelques fuites? C’est bien beau de dire qu’il faut moins dépenser, il faut aussi s’assurer de l’étanchéité du navire. Sinon, un jour, il n’y aura plus rien à dépenser. Parlons de l’évasion fiscale: elle représente environ 160 milliards par an. La moitié correspond à la fraude fiscale, l’autre à la fraude sociale. Et si on s’attaquait à ce problème, et sérieusement? La fraude à la sécurité sociale c’est 200 millions d’euros, soit 800 fois moins. Où est la priorité? Si l’on compare avec le budget des allocations familiales, l’évasion fiscale est 2 fois plus importante. Je fais cette comparaison uniquement pour souligner le ridicule de notre obsession envers les soi-disant profiteurs des allocations familiales en France. Attaquons nous plutôt aux « criminels en col blanc ».

Prend on le problème par le bon bout? L’austérité (se serrer la ceinture) est-elle la solution? Ne devons nous pas plutôt relancer l’emploi pour augmenter le PIB (la fameuse croissance), plutôt que de réduire les dépenses? Car nous allons dépenser de plus en plus, et c’est normal. Nous sommes de plus en plus nombreux, donc nous devons investir (dépenser) pour répondre aux défis que cela implique. Pour revenir sur la comparaison avec mon foyer: si demain j’ai un enfant, mes dépenses vont augmenter inévitablement. Si cela me pose problème je peux me serre la ceinture et manger des pâtes, moins me chauffer, vivre dans un studio… ou alors chercher à me former, monter en grade, prendre des responsabilités, être mieux payé etc… Tout en gardant ma dette, et en ré-empruntant pour une maison secondaire si je peux le faire.

Mais où investir pour relancer la croissance? Certains partent de la nécessité de la transition énergétique pour dynamiser la croissance et l’emploi. En effet si l’on veut passer progressivement d’une production nucléaire à une production plus « verte » il faudra investir, et former des gens pour répondre à différents besoins: démanteler les centrales, traiter les déchets, construire les nouveaux outils de production d’énergie et les faire fonctionner. Cette vision tourne l’économie vers la mer, source majeure d’énergie. Se tournant vers la mer, l’économie entière sera impliquée dans cette restructuration. La question de la nécessité de la transition énergétique est pour certains une évidence, pour d’autre une utopie. Ce qui est certain c’est que les centrales vieillissent. Et qu’il faudra un jour (très proche) les remplacer.

D’autres pensent qu’il faut donner du souffle aux entreprises par un allègement de leur charges afin qu’elles deviennent plus compétitives et qu’elles embauchent. Le raisonnement est convainquant. Cela doit vous rappeler le « pacte de compétitivité » du gouvernement de François Hollande et le « CICE ». Nous avons bien vu que les chiffres du chômage n’ont pas franchement évolué. Il faut peut-être plus de temps me direz vous. Pourquoi pas, oui. En attendant pour les entreprises, c’est cadeau. Et cette vision semble « court-termiste », et ne s’inscrit pas dans une vision globale de l’économie.

En attendant il y a encore un autre point de vue: le partage de la valeur ajoutée entre travail et capital. Depuis 20 ans, cette part diminue dans tous les pays de l’OCDE passant d’une valeur médiane de 66 à 61%. Il y a plusieurs raisons à cela. Mais le résultat est simple: la répartition des richesses se fait de plus en plus en faveur du capital, au détriment des salaires. Le défi serait donc de remédier à cela car cela ne va pas en s’arrangeant.En effet, en 2014 le niveau de rémunération des actionnaires du CAC 40 est revenu à un niveau d’avant crise, soit 56 milliards d’euros. Sommes nous sortis de la crise ? Non, personne ne le soutient. C’est une problématique de flux des richesses. En effet, la France détient un patrimoine de 13600 milliards d’euros. Cela comprend les actifs financiers, non financiers et les passifs. Si l’on ne tient compte que des actifs financiers des ménages nous arrivons à la somme de 4000 milliards d’euros par an. En d’autres termes: 60 600 € par habitant an. Sans prôner la répartition égalitaire du patrimoine financier, ce calcul  montre que nous produisons suffisamment pour nourrir, éduquer, soigner (et plus encore) chaque citoyen.  Il faudrait trouver des idées pour dynamiser la circulation des richesses, éviter les points de blocages.

Et la dette, on en fait quoi? Si la France était bénéficiaire de 1% chaque année (hypothèse très optimiste) nous dégagerions grossièrement 20 milliards d’euros par an. Nous devons aujourd’hui 2000 milliards. Il nous faudrait un siècle pour rembourser la dette publique. Mais nous sommes à 3,5 % de déficit annuel. C’est très simpliste mais c’est pour dire que ça parait difficile à concevoir. Alors que faire?

A qui doit-on de l’argent? Au deuxième trimestre 2011, 66 % de la dette était détenue par des non-résidents (c’est-à-dire des institutions financières, ménages, entreprises, etc. non résidentes en France, ou d’autres États). 14 % est détenu par les établissements de crédit considérés comme résidents et 21 % par des compagnies d’assurance considérées aussi comme résidentes. On comprend donc pourquoi il y a des taux d’intérêts.

La BCE prête aujourd’hui à taux zéro! Le collectif pour un audit citoyen de la dette publique pensent qu’il faudrait que celle-ci rachète les dettes. C’est comme si vous alliez renégocier votre prêt, ou le faire racheter par une autre banque (D’ailleurs l’argent que vous emprunter à votre banque est lui même emprunté à taux zéro). Ceci dit, cela pourrait être assimilé à de la création monétaire, et la création monétaire pourrait entraîner de l’inflation. Mais la BCE  n’est pas prête d’accepter, à moins que le rapport de force dont parle le Front de Gauche soit réel: l’Europe n’existerait pas sans sa deuxième puissance économique, nous pourrions donc taper du point sur la table.

Il est aussi question de reconsidérer la légitimité de la dette. Faire un audit permettrait de pointer la part de la dette correspondant aux « cadeaux fiscaux » ne profitant pas à tous. 59 % de la dette publique proviennent des cadeaux fiscaux et des taux d’intérêt excessifs.

Enfin, zéro dette, est-ce possible? Notre système est fondée dessus depuis la fin de la monnaie-or. Nous fonctionnons grâce aux emprunts, à la création de monnaie par les banques. La monnaie circulant est toujours un emprunt, donc une dette.

Synthétisons ! Faire quelques économies sur les dépenses publiques n’est probablement pas la solution, car ces dépenses vont logiquement augmenter dans le temps. A moins de limiter l’accroissement démographique, ce qui n’est la volonté de personne. Oeuvrer pour une meilleure répartition des richesses produites pour plus de justice sociale semble un bon départ. Dynamiser les investissements pour répondre aux défis écologiques apparaît indispensable. Et puis donner un peu de souffle en colmatant les « fuites fiscales », cela va de soit. La dette restera la dette. On la remboursera au fur et à mesure.

Conclusion: La dette publique n’est pas un problème en soit. Attaquons nous au vrais enjeux: la justice sociale.

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