Revue de Kinésithérapie

#RDKS2: Kinésithérapie respiratoire chez le bébé atteint de la bronchiolite

Pour ce deuxième numéro de la revue de la semaine je vais aborder le thème de la kinésithérapie respiratoire chez le bébé atteint de la bronchiolite. Les parents ne sont jamais très à l’aise lorsqu’ils nous confient pour la première fois leur bébé. Surtout lorsqu’il s’agit de leur premier enfant. Et pourtant ils ne posent pas toujours les questions relatives à leurs craintes. Nous allons tenter de comprendre pourquoi cette thérapeutique est source d’appréhensions et quels sont les intérêts de la kinésithérapie dans ce contexte.

Rappelons que la plupart du temps les bébés sont atteints de la bronchiolite à cause du virus VRS (virus respiratoire syncytial). Les premiers symptômes sont une toux sèche pouvant durer 3/4 jours accompagnée d’un écoulement nasal, et parfois une montée de température. Ensuite la toux devient grasse et les bronches encombrées par des mucosités limitant le flux expiratoire. L’enfant mange et dort alors moins bien. La durée moyenne est autour de 8 jours lorsqu’il n’y a pas de surinfection bronchique bactérienne.

Pourquoi les parents craignent d’emmener leurs enfant voir le kinésithérapeute pour le désencombrement de leurs bronches? C’est relativement récemment que les kinésithérapeutes ont commencé à réaliser ce genre de prise en charge. En effet cela fait 20 ans que nous utilisons la technique actuelle recommandée par la haute autorité de la santé (HAS), l’accélération du flux expiratoire (AFE). Cette technique au nom barbare est en fait relativement simple à comprendre: nous utilisons le flux d’air que le bébé produit au moment de son expiration pour drainer les sécrétions collées à la paroi des bronches. Imaginez sur une table des gouttes d’eau, rapprochez votre bouche de ces gouttes et soufflez dessus. Vous créez un flux d’air qui rentre en contact avec le liquide qui se déplace sur la surface de la table dans la direction du flux d’air. L’efficacité de déplacement de ce liquide dépend de la vitesse et du volume d’air que vous expirez. Revenons à nos moutons. Avant cette technique, les kinésithérapeutes utilisaient le Clapping, aujourd’hui interdit car dangereux et inefficace. Cette technique était basée sur la percussion manuelle et répétée du thorax de l’enfant pour décrocher les mucosités collées à la paroi des bronches. En d’autre termes, nous tapions l’enfant. Il avait donc de bonnes raisons de pleurer et les parents d’être terrifiés. La kinésithérapie respiratoire souffre donc d’une mauvaise réputation et d’un faible nombre de praticiens formés à la nouvelle technique.

Mais l’AFE est elle aussi source de craintes. Je vous ai expliqué le principe. Mais qu’en est-il en pratique? Pour accélérer le flux expiratoire, le praticien accompagne à l’aide de ses mains la ventilation du bébé. Une main est appliquée sur le thorax et l’autre sur l’abdomen. Pour accélérer le flux, la ventilation est volontairement accélérer par la pression des mains. C’est à cet instant qu’il peut y avoir des craintes. La question légitime est de savoir si nous n’allons pas abîmer le thorax de l’enfant. C’est pourquoi nous devons expliquer notre démarche et dire que nous respectons totalement la physiologie de la mobilité costale grâce à la non déformation de la main du kinésithérapeute et un positionnement très précis. Pour être précis, la main n’est jamais à plat mais épouse en permanence la forme du thorax. Ceci dit, il y a quand même un risque si le thorax de l’enfant est déjà en souffrance. C’est pourquoi nous réalisons devant les parents un test dit de « pré-contrainte » qui consiste à effectuer le geste une fois et d’évaluer la réaction de l’enfant. Si tout va bien, il ne doit pas réagir à ce test. Nous expliquons ainsi aux parents que le thorax de l’enfant peut supporter la technique et qu’il ne ressentira pas de douleurs.

La séance se déroule toujours mieux lorsque le praticien explique la démarche aux parents. Mais si l’on veut mettre en confiance l’enfant il faut lui parler également. C’est pourquoi j’explique ce que je vais faire en m’adressant à l’enfant et non aux parents. Ainsi les parents entendent la partie verbale de mon discours et l’enfant la partie non verbale. Mon attitude doit être bienveillante, ma voix rassurante, mes gestes sûrs, mon regard doux. Cela peut paraître étonnant, et pourtant l’enfant est totalement à l’écoute de ce langage non verbal. Evidemment il faut s’adapter à la situation. Parfois l’enjeu est de rassurer les parents pour que l’enfant soit à son tour en confiance. Il m’est arrivé qu’une maman ne veuille pas assister à la séance. Ma priorité a été de dédramatiser la situation et de la convaincre de l’importance de sa présence.

Une fois la technique correctement expliquée, les parents en confiance et la séance terminée, il n’est pas rare que le bébé nous quitte avec un large sourire. Les parents nous disent souvent qu’ils s’imaginaient bien pire. Cela ne peut pas paraître douloureux ou violent. Impressionnant éventuellement. J’insiste, même si l’enfant pleure ce n’est pas le fait de douleurs. Il exprime comme il peut un mécontentement, le malaise d’une situation où nous le contraignons à souffler fort, tousser, cracher. Si je sais que nous ne lui faisons pas mal c’est grâce aux tests faits lors de l’examen. Autre preuve, il m’arrive parfois que l’enfant sourit du début à la fin de la technique d’AFE ! Ma technique ne varie pas, mais l’enfant est parfois en harmonie avec ses parents et moi.

Parlons maintenant de l’intérêt d’amener sont enfant atteint de la bronchiolite chez le kinésithérapeute. Que les choses soient claires, nous n’agissons pas sur la cause à savoir le virus. Nous avons une action sur les symptômes le temps de l’affection. L’enfant encombré mange et dort moins bien à cause du trouble ventilatoire. En drainant les bronches nous améliorons donc la qualité du sommeil et la quantité de lait pris par le bébé. L’enjeu est important car il arrive que l’enfant ne boive plus du tout. Le deuxième risque est la surinfection bactérienne des bronches qui s’accompagne de fièvre. La prise en charge précoce permet d’éviter cela, et donc la prise d’un traitement anti-biotique. Enfin la rencontre avec les parents est l’occasion de donner divers conseils notamment concernant les techniques de mouchage des voies aériennes supérieures (avec ou sans mouche-bébé). Les risques sont d’autant plus grands que le bébé est jeune.

Résumons: la prise en charge précoce d’un bébé atteint de la bronchiolite, en accord avec son pédiatre, est un bon moyen d’éviter la prise de traitements anti-biotiques et d’améliorer rapidement sa qualité de vie. L’unique technique bronchique est l’AFE. Cette technique, bien réalisée, est indolore et efficace pour le désencombrement. Un réseau de praticiens formés existe en France: le réseau ARB. Le mieux étant de ne pas être malade, il est essentiel de connaître les gestes préventifs pour son enfant:

  • Les endroits très fréquentés où circulent les virus responsables (gares, transports en communs, grands magasins et supermarchés, restaurants, etc..)
  • Les contacts avec les adultes ou les enfants enrhumés (frères et sœurs, bisous sur le visage, réunions familiales).
  • Avant de s’occuper de Bébé il faut prendre le temps de se laver les mains et mettre un masque si l’on est soi même enrhumé ou si l’on tousse.
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